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Le Daara "tawakaltu alalahi" a choisi comme parrain Serigne Massamba Macké. Père de Sokhna Fatou Bintou sa promotrice, Serigne Massamba Mbacké est le frère cadet de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké. fondateur du mouridisme. Sa biographie se dilue entièrement dans l’histoire du mouridisme car sa vie et son œuvre ont été totalement au service de Khadimou Rassoul et constituent un pan indissociable du Sénégal durant la première moitié du 20 ème siècle.

Par Sidy Mohamed Ndiaye

1) De l'aîné spirituel au guide charismatique

De  Sokhna Isseu Dièye Diop sa mère, il fut le dernier fils de Serigne Momar Anta Saly MBACKE qui quitta ce monde avant sa naissance située entre 1882 et 1883. Mais ce  jurisconsulte dont l'ombre planait sur  son époque avait  déjà créé et développé  un centre d'enseignement coranique à Mbacké Cayor  village situé non loin  de Thilmakha capitale du  Cayor.  Ce royaume connu à l'époque comme le plus rebelle face à la pénétration coloniale française.( photo ST)

Mais le vide laissé par le père lui fut  presque imperceptible. Tant Cheikh Ahmadou  Bamba son  frère aîné et illuminateur prodige du daara l'avait  accueilli au berceau et indirectement baptisé du nom tiré d'un patronyme parmi les plus distingués de Koki la religieuse.  Ce qui ne lui empêcha pas d'importer dés son  le plus jeune âge  un  sobriquet qui lui collera toute la vie; Cheikh Kala ou  le Cheikh enturbanné.

L'année de sa naissance est restée surtout pour les hagiographes du mouridisme,  le premier grand repère: la naissance du mouridisme. En effet, c'est peu de temps après l'avènement sur terre de Serigne Massamba   que Cheikh Ahmadou Bamba , futur fondateur de  la capitale sainte de Touba avait lancé son appel historique: " Que ceux qui veulent accéder à Dieu me suivent. Quant à ceux qui ne sont épris que par la connaissance livresque, ils peuvent rentrer chez eux ...""

Issu de ces traditions les plus orthodoxes, la vie de Serigne Massamba Mbacké était déjà toute tracée. Propulsé au devant du Livre saint, il en maîtrisa dés le plus jeune âge le moindre verset auprès de percepteurs prestigieux  avant de puiser par son esprit supérieur toute la profondeur du message divin dont il fut  sans conteste le gardien le plus intransigeant de l'exégèse auprès des nouvelles générations . En 1912, lorsque Paul Marty  administrateur français chargé des affaires musulmanes fit sa  première étude  sur le mouridisme, il ne manqua pas de souligner  en Serigne Massamba Mbacké le fin lettré en le décrivant physiquement et spirituellement, à travers les cercles d'études de Touba et  s'étonnait de sa forte prestance physique et son charisme qui faisait de sa personne un centre de convergence ininterrompue.  

2) La doublure et le répondant

Pour mieux comprendre le rôle de secrétaire particulier de Khadimou Rassol, il faudra rappeler la stature intellectuelle singulière du fondateur du mouridisme dont la connaissance en lettre arabe était caractérisée par une dimension incommensurable. Insondable il était spirituellement et intellectuellement. Son érudition livresque avait fait de lui depuis Mbacké Cayor  l’auteur de plusieurs ouvrages qui restituaient l’essentiel de la pensée islamique à travers des versifications qui alliaient la perfection littéraire à la pensée de tous les grands auteurs qui l’avaient précédé.

 Durant une trés longue période marquée par la rareté voire l’absence de livres dans les daaras d’Afrique noire et au Sénégal  Serigne Touba avait conçu des titres qui investissaient tous les domaines de référence de la  connaissance islamique. Investissant les thèmes philosophiques les plus complexes, ces ouvrages n’épargnaient aucune matière de la théorie  rendue ainsi accessible à tous  et gardent encore de nos jours toute leur pertinence et la richesse d'une investigation méthodique exhaustive. Sa connaissance  miraculeuse de  la langue arabe, Serigne Touba attestait en être le dépositaire attitré grâce au Prophète Muhammad (SPL) qui  lui en avait  transmis les secrets les plus inaccessibles et ses ressorts les plus complexes. Ce qui expliquait la prodigalité de la  production littéraire  immense jamais égalée dans l’histoire de l’humanité tant par la qualité que par la quantité des œuvres produites sa vie durant.

Quoique jamais entièrement libéré des épreuves de la déportation et de la résidence surveillée, il était toujours en  prise avec son Seigneur soit par la prière physique, soit par la plume qui  n’a jamais tari. Car sa main courrait sans cesse sur le stock inépuisable de papier qui lui était inséparable.

Cette dimension éditoriale, jamais personne d’autre n’en aura partagé l’intimité jusqu’à la lettre excepté Serigne Massamba Mbacké.

Pour d’aucuns, Serigne Massamba était seulement chargé de vocaliser ces khassaids à partir de leur production littéraire brute. Il est important de préciser ici, notamment à l’adresse des non-initiés, que l’Arabe par son architecture grammaticale intègre de facto les voyelles dans sa transcription, même si les marques de ces dernières sont absentes sur le caractère. Ce qui rend la vocalisation inutile comme généralement c’est le cas dans tous les livres que vous avez à votre portée.

La fonction  de secrétariat de Serigne  Massamba n’était donc pas cela. Par la vocalisation, les intellectuels arabophones mourides traduisent plutôt la complémentarité entre Serigne Massamba et Serigne Touba dans l’écriture. L’image étant simplifiée à l’intension du peuple Walaf généralement analphabète pour donner une idée plus simple de la fusion indissociable et indéterminable de Serigne Massamba Mbacké dans l’œuvre écrite de Serigne Touba.

En effet, pour ce fin lettré d’exception qui n’a d’ailleurs laissé à la postérité aucune production littéraire personnelle, son rôle était tout autre.  Dans l’échelonnement de l’œuvre de Khadimou Rassol, plusieurs recueils ont été réécrits et réédités. Notamment les élégies les plus didactiques sur la vie du Prophète Muhammad (SPL) et sur le Saint Coran  dont Serigne Massamba était chargé de traduire le souffle du Maître en versification sublime et mielleuse destinée au commun des mortels.

C’est dans ce sens que la restitution musicale des Khassaids porte tout aussi la marque incontestée de Serigne Massamba Mbacké. Ainsi toutes les élégies aujourd’hui entonnées à travers le monde par les dahiras mourides tirent l’intégralité de leurs musicalités chorégraphiques de Serigne Massamba lequel était directement inspiré par Serigne Touba.

3) Le confident et le prolongement

Revenu à Diourbel en janvier 1912 après avoir passé cinq ans au Dioloff, Serigne Touba devait passer le restant de sa vie sur le plateau situé à l’est de la ville. C’est là que Serigne Massamba accomplit auprès de lui les missions les plus délicates du confident permanent et assumé les responsabilités connues de tous. Il faut souligner ici que l’établissement définitif de Serigne Touba à Diourbel a coïncidé avec l’étape supérieure de son entreprise spirituelle engagée depuis  le départ de l’exil au Gabon. Ce qui faisait de cet acète, en méditation ininterrompue, un être devenu totalement détaché du monde temporel et de ses sollicitations matérielles.  Il fallait entre lui et le monde extérieur un médiateur à la fois capable de le joindre dans ses stations ésotériques profondes et de gérer son environnement en constante ébullition socio religieuse. Dans l’immensité de cette concession de d’un hectare découpée en plusieurs casiers, l’accès à Serigne Touba n’était d’ailleurs guère facile et seule l’apparition de Serigne Massamba dont le profil physique était identique à celui du Cheikh était le plus fréquent. D’ailleurs, plusieurs personnes les confondaient jusqu’à les faire supposer que la photo que Serigne a laissée à la postérité était celle de Serigne Massamba.

Les chroniques populaires relatives à cette période rapportent également plusieurs anecdotes mettant ainsi Serigne Massamba au-devant de la scène en relais de Serigne Touba transmettant le message au peuple mouride. Au cours de l’édification de la mosquée de Diourbel achevée en 1924 et qui fut le premier monument islamique construit à l’aube du 20 ème siècle, Serigne Massamba fut le coordonnateur incontournable entre Serigne Touba et l’équipe conduite par Serigne Issa Diène et la gestion financière de Serigne Balla Fally Dieng. D’ailleurs, face au rush des talibés dont le déferlement provenait de tous les recoins du pays et de la sous région africaine, Serigne Massamba était l’hôte qui recevait les visiteurs, introduisait les audiences auprès du Cheikh et matérialisait ses instructions pour libérer les émissaires ou formuler les prières aux postulants. Au soir e sa vie, et notamment à partir de 1924, Serigne Touba donna l’ordre aux hérauts de divulguer le message public suivant : «  Si l’objet de vos visites est la recherche du paradis, adressez vous à Massamba. Si vous avez des dons à me faire, remettez les à Massamba. Si vous avez d’autres vœux dans la vie à solliciter, adressez vous à Massamba ».

Le message fut retentissant à travers tout le pays mouride. On rapporte que le fidèle Cheikh Ibra Fall fut l’un des premiers à remettre entre les mains de Serigne Massamba Mbacké la totalité de sa récolte d’arachide et de mil de cette année comme il le faisait naguère auparavant.

 4) L’héritier spirituel et le gardien du patrimoine

 Quoique maintenu en résidence surveillée, Serigne Touba continuait de veiller sur Touba sa capitale créée en 1888 et dont Serigne Massamba assurait la garde du village embryonnaire de l’époque. Oncle de Serigne Mohammed Moustapha Mbacké et de Serigne Mohammed Fadhilou Mbacké les premiers grands fils de Serigne Touba dont il n’était l’aîné que de deux à trois ans, il avait partagé avec eux les mêmes humanités coraniques et étaient inséparables dans la mission auprès du précurseur. Cette proximité fut accentuée au lendemain de la disparition du Cheikh en juillet 1927 inhumé dans l’esplanade la mosquée en projet.

Ce premier tournant fut décisif pour l’avenir du mouridisme. D’une part le monde venait de basculer dans une récession sans précédent et qui allait déboucher sur la seconde phase du conflit mondial. De l’autre le pays profond était meurtri par la crise naissante. Appelé à diriger les destinées d’une communauté qui comptait désormais plusieurs milliers d’âmes, Serigne Mouhammed Moustapha entreprit de construire la grande mosquée de Touba et de développer la Ville sainte principal legs de leur père.

Face à ce défi sans précédent, Serigne Massamba lui consacra  corps et biens  pour réussir cette œuvre titanesque.  Sa contribution inestimable eut de l’impact dans tous les domaines de la vie communautaire. 

A suivre....